Beni Oudjhane entre hier et aujourd’hui

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Beni Oudjhane entre hier et aujourd’hui

 

Beni Oujhane est une localité située sur la vive droite d’oued el kebir , en face du village d’ El Ancer dont elle depend administrativement. J’ai décidé de dédier ce sujet à Sid Ali qui est natif d’alger mais dont les origines proviennent de ce village qui a les pieds dans l’eau et la tête dans les verdoyantes des montages qui surplombent la valée d’el oued el Kebir. Ce village, martyr durant la glorieuse révolution et martyr durant la sombre période du terrorisme, vit aujourd’hui dans la sérénité , et rien n’indique l’existence de quelconques séquelles vécues par le passé.

Pour faire plaisir à notre ami , qui a eu l’amabilité de partager l’histoire émouvante de la dernière visite d’ El Marhoum son père au pays de qui l’a vu naître , l’envie de lui rendre hommage m’a poussé à profiter de la visite au bled, à l’occasion du 1er moharram, pour réaliser ce modeste reportage photographique. Son courage et l’amour de la terre des ancêtres l’ont poussé à braver le danger pour monter jusqu’au sommet de la montagne à travers des forets infestés de terroristes lorsque même se promener au centre ville d’Alger n’était pas exempt de danger.

C’est également une bonne occasion pour rappeler le visage haineux de la France lorsque sa soldatesque commit une boucherie ou 79 personnes ont été exécutées, de sang froid, le 11 mai 1956.

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Eloued El Kebir02

Le pont de Beni Meslem03

Le centre de santé qui marque l’entrée du village0405

centre du village de Beni Oudjhane06

vers la montagne07

l’ecole et la mosquée09IMG_0060

des vergers et des oliveries sur les berges d’el oued

Je souhaite signaler ici qu’un livre fort intéressent a été écrit par Claire Mauss-Copeaux dont ci après quelques extraits que j’ai reproduit à partir d’écrits parus sur internet .

Azzedine Boukehil

…. » Ce livre est-il un réquisitoire dressé contre l’armée française ? Non, c’est un livre d’histoire. Mais il faut faire preuve de réserve pour ne pas y percevoir un procès du 4ème BCP [2] et de ses quatre compagnies, sur les quinze kilomètres qui séparent El-Milia d’El-Ancer dans la presqu’île de Collo, en 1956. Claire Mauss-Copeaux résout ce paradoxe en proposant un texte académique qui se double du livre de la souffrance indicible des rescapés et survivants algériens. Souffrance également de ceux qu’elle appelle « les vétérans » de l’armée française – hommes du rang appelés – rares à ne pas plier sous le poids d’un certain fardeau. Des appelés qu’elle avait commencé à appréhender dans sa thèse de doctorat, puis dans ses ouvrages. En adoptant le style du livre-parole, qu’elle annonce dès le départ, et auquel elle prête également sa propre voix, elle prend le risque de se faire taxer de manque de distanciation par rapport à l’événement, et par conséquent de subjectivité, puisqu’elle ne se contenterait pas de mettre en scène des témoignages et de les analyser mais qu’elle y participerait, se montrant ainsi juge et partie. Elle en assume le risque. Le message délivré à la collectivité est, pour elle, plus important que les critiques à elle-seule adressées »…

…. »il s’agit de faits avérés et on reconnaît sa marque de fabrique, qui privilégie la parole. Les notes infrapaginales, d’ailleurs absentes, sont inutiles puisque les références vivantes se trouvent dans le texte lui-même ».

 » Les chapitres des deux premières parties sont courts, ce qui rend l’ouvrage facile à aborder et l’entrée en matière peu lassante. Car le massacre des Beni Oudjehane – cœur du livre que le lecteur attend de voir surgir au détour de chaque page – s’annonce dans un crescendo savamment dosé d’arguments, qui plante le décor. Une bonne partie du massif de Collo était impénétrable. La guérilla pouvait s’y développer. Après le 20 août 1955 la région était devenue une zone de représailles. Le 4ème BCP y avait été affecté à partir d’octobre, à titre de relève et de renfort. Entre coupures de routes et accrochages, des soldats d’un autre régiment avaient été tués dans une embuscade, en février. Tout récemment le commandement avait fait larguer sur la population des tracts menaçants. Et les Européens ? L’ouvrage ne nous en apprend rien, sauf par allusion aux exploitations de chêne-liège. Ils ne servent pas d’alibi. Le massacre est un règlement de comptes du 4ème BCP vers les Algériens musulmans du bled, exclusivement. »

…. »Le drame d’Oudjehane est sans doute un ’’rasage’’ de mechta qui a dégénéré. Mais peut-être fut-il davantage que cela, il y a tout lieu de le penser quand on analyse l’état d’esprit des officiers du 4ème BCP, auxquels CMC a consacré plusieurs chapitres, ainsi que l’ampleur des moyens déployés sur le terrain le 11 mai 1956, face à trois-cent personnes inoffensives, peut-être moins. Si le 4ème BCP n’est pas toute l’armée française, CMC nous offre pour autant un effet de loupe significatif. Aux historiens de conclure. Mais si procès il doit y avoir, c’est celui du comportement de l’homme en temps de guerre, quel qu’il soit : « brute épaisse ou bon père de famille [6] ». Dans ce cas, qui est responsable ? C’est au lecteur de se faire une opinion. Nous ne dévoilons pas le cœur du livre, nous le laissons en prendre connaissance et s’indigner de lui-même sans que l’auteur n’ait besoin de le faire à sa place « .

…. »Un « récit d’histoire atypique » écrit CMC dans le prologue. Mais qui est atypique ? Le récit ? L’histoire ? L’auteur ou les acteurs ? La mechta Oudjehanen’est qu’une parcelle du secteur quadrillé par le 4ème BCP. Mais d’autres massacres y ont été dénombrés par les vétérans. CMC en rappelle une définition simple : exécution massive de personnes sans défenses. Dans cette vallée et sur ces coteaux le massacre ne fut pas une pratique « atypique ». Et qu’en fut-il des cinq ou six années suivantes ? Et des autres secteurs ? Le 4ème BCP fut-il une unité « atypique » parmi les autres ? Peut-être, car cela dépend beaucoup de la mentalité de la hiérarchie. Et celle des officiers du 4ème BCP était spéciale. Mais il n’y a pas de raison d’imaginer que d’autres Merlot, Rouleau, Lapière, Rieux et Voret [9] n’ont pas existé ailleurs. Les plus à plaindre, après les suppliciés et leurs familles, sont les vétérans. Ils n’étaient pas « atypiques » au départ. Ils étaient des représentants de la société française dans sa diversité, appelés simplement à faire leur devoir. Ceux du 4ème BCP le sont devenus, et Claire Mauss-Copeaux démontre par quelle instrumentalisation de la personnalité ce fut possible. Pour la plupart, ils le regrettent. Quant à l’auteur, elle est certainement « atypique » au sein de la communauté historienne et elle le revendique comme marque de fabrique. « Parmi toutes ces voix, la mienne est présente au milieu des autres. Je n’ai pas voulu la dissimuler ». Privilégiant le genre humain au texte d’archive, d’ailleurs pratiquement inexistant, elle se range aux côtés du plus faible, sans pour autant oublier son devoir d’historienne : établir les faits et essayer de les expliquer, en analysant et critiquant ses sources. En œuvrant au service de l’amélioration des relations entre les hommes et entre les peuples, elle fait de l’histoire active, en quelque sorte ».

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