Tendres pensées d’Etteyana

Très motivé par le vif débat sur l’histoire de la région, j’ai voulu mettre à profit l’occasion d’une brève visite familiale au Bled pour me rendre à Heyenne, lieu maintes fois évoqué sur ce même site. Mon frère, lui, voulait ramener de l’eau d’Ighazrane, comme il le fait chaque fois que l’occasion se présente à lui. Mais notre ami Djamel, que nous venons de rencontrer dans l’après-midi, a pu, avec délicatesse et courtoisie, imposer son plan B qui nous a menés tout droit à Etteyana puis chez El Hadjra, à Eddeyar, pour déguster une assiette d’Ayerni.

Cuisine tradionnelle de Djemaa Beni Habibi

Ayerni ou Kerriwa – Plat traditionnel de Beni habibi – Jijel

Etteyana, que je n’ai pas revue depuis trente ans, a connu de fortunes diverses depuis l’indépendance : dénuement total au cours des années 60, fols espoirs les années 70 et 80, tragédie et résignation les années 90. El mechta est restée belle est luxuriante. Les Teyanis ont résisté, comme ils l’ont fait pendant la Révolution et n’ont jamais voulu quitter cette terre regorgeant d’eau, bien ensoleillée d’où l’exceptionnelle qualité de ses fruits. Ses figues et ses pèches, peu importe leur couleur, sont un must. La fraise, récemment introduite, cultivée à Tamezrar, à Bouameur et Etteyana, peut devenir un motif certain pour visiter ce coin excentré, si, par hasard, vous avez la chance de la gouter.

La montagne au printemps

Vue printanière à Etteyana – Beni habibi – Jijel

Après avoir mangé son pain noir, Ettayana, un balcon idéal pour scruter ce qui se passe à Tisbilene et à Beni Mazouz, vit, aujourd’hui, une ère prometteuse avec l’arrivée d’une route goudronnée, la construction d’une mosquée à Bouameur, la multiplication de nouvelles maisons grâce à la politique d’encouragement de l’habitat rural et l’installation prochaine de la garde communale.

Tisbilène

Vue de Tisbilène à partir de Bouameur

Nul ne pourrait être mieux placé qu’Ammi Hcène que nous a présenté Djamel, pour nous raconter ce pays dont il est l’enfant. Il est restaurateur de son état, poète à ses temps perdus, il déclame un poème pour notre plaisir à tous.

Nous quittons Ammi Hcene en lui donnant rendez vous avec d’autres poèmes. Mais avant de quitter Etteyana, je voudrais rendre un petit hommage *, en voyant l’école de Tajoust, implantée en pleine forêt, au premier instituteur qu’elle a connu et qui y a exercé pendant de longues années.

Ecole primaire de Tadjoust

L’école de Tajoust

Au milieu des années 60 et au moment ou la ruée vers les villes était la tendance dominante, B. Mohamed, lui, faisait le chemin inverse en revenant de Constantine pour s’installer et travailler dans cette école. Il s’impliqua corps et âme dans à la scolarisation massive des enfants de cette montagne non totalement remise des séquelles du colonialisme. Il prit sur lui d’aller frapper dans toutes les portes pour sensibiliser les parents à scolariser leurs enfants, filles et garçons, qui avaient dépassé de loin l’âge de la scolarisation. il se mit à dos les parents qui se montrèrent très peu convaincus de l’utilité de genre d’enseignement qu’ils regardaient avec suspicion, car cela ne visait, à leurs yeux, qu’à les priver de bergers et de main d’œuvre féminine utile. Il attira en outre le courroux de l’inspecteur qui voyait la liste des élèves revue souvent à la hausse du fait des inscriptions « sauvages » qu’il ne manquait pas de faire en dehors des règles en vigueur en la matière. Qu’importe, le plus important était de donner à ces enfants -en réalité de grands gaillards aptes fréquenter plutôt des collèges- une chance pour leur ouvrir les portes de l’avenir. Il était visionnaire notre instituteur, beaucoup de « bénéficiaires de ces inscriptions à la sauvette » ont réussi et peuvent témoigner eux-mêmes, aujourd’hui, du bien fondé de cette démarche qu’il soutenait souvent en payant de sa poche cahiers, sandales et transport pour les examens de la 6ème et la 5ème qui se déroulaient à Jijel. Actif et bagarreur, ce hameau devenait trop exigu pour lui. Il quitte la région à la fin des années 70 pour aller poursuivre son combat politique et syndical à Alger sur le terrain et par des ses écrits pour défendre les libertés syndicales, les libertés politiques, la langue arabe, la Révolution. A la retraite depuis quelques années et avec une plume généreuse mais indomptable, il fait le bonheur de différents journaux et publications, sous des noms d’emprunt, et de sites politiques et littéraires à travers le monde :

A Tadjoust

Notre ami

Etteyana - Djemaa beni habibi

Des habitations à Etteyana – Djemaa beni habibi

Par A. BENSALAH

* Cet hommage se veut un témoignage de reconnaissance et d’affection à tous les instituteurs qui ont accepté de venir enseigner dans les trois premières écoles d’El Djemaa : El Kaada, Tisbilene ? Etteyana. Le colonialisme n’a jugé utile de créer des écoles pour cette population de gueux.

9 commentaires pour Tendres pensées d’Etteyana

  1. fouad dit :

    merci pr le sujet !!!

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  2. Grine dit :

    Bonjour , enfin un article qui parle d’une région que nous avons presque aoublié .je vous voulez nous donner une petit coup de pouce à bordj thar ca sera formidable de fotre part .contiuez et que Dieu vous aide tous

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  3. mounir dit :

    Salam Alaikoum ,
    chers freres de beni habibi , je ne trouve pas les mots pour vous décrire l’émotion qui m’a envahi en découvrant ce site . les sujets qui y sont traités sont d’une qualité remarquable de part leur simplicité et leur sincérité .Les deux sujets sur les familles sont à inscrire en lettres d’or .les débats qui en ont découlé sont une preuve irréfutable que vous étés sur la bonne voie .
    je ne vous quitte pas avant dire chapeau bas au monsieur qui a écrit cet article . y a t il humble que de se souvenir de son enseignant , qui plus est , mérite largement cet hommage au vu ce qui est ecrit sur son blog ? Bravo au propriétaire du site . Mille bravos à ce Monsieur El Kaitoni qui me fera visiter et revisiter ce site.
    Pleins de succes .Salam encore

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    • A. Bensalah dit :

      Bonsoir Cher Mounir ,
      Votre visite que nous souhaitons voir se reproduire nous honore . ce site est la conjonction de beaucoup de bonnes volontés , et vous avez raison de souligner la simplicité qui y règne .La beauté de la région n’est pas étrangère à ce trait de caractère des gens malgré les vicissitudes de la vie .
      Pour l’hommage rendu au maitre d’école et néanmoins écrivain de talent , sachez , cher monsieur , que je n’ai pas eu l’honneur d’être son élevé , mais qu’il est de notre devoir à tous de souligner tout ce qui a été positif pour la region , à commencer l’idée qui a présidé à la mise en place de ce site .Quant à Si El Kaitouni , moi même , j’eprouve un enorme plaisir à la lecture de ses interventions pédagogiques et riches d’informations .Revenez nous voir tres souvent , c’est jamais fermé à clef.

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  4. Lotfi dit :

    Formidable site. Nous sommes replongés dans nos origines jijeliennes pures et dures. Mon garnd – père a quitté la région de Jijel (Cavallo – Aouana) avec ses parents au début du 20ème. Pour s’installer à Constantine. Ma grand-mère est de Ain Sokhna (Sétif). Je ne connais pas notre belle région d’origine, mais je suis fier d’être jijellien (qbayli, comme on dit à Constantine). A visiter ce site, je comprends mieux pourquoi on nous appelle comme ça. Il y a visiblement beaucoup de noms kabyles dans nos villages, sources et même mosquées. Est-ce parce que il y a eu des mariages avec des femmes kabyles ou des hommes kabyles.
    Que veut dire le mot Afalaz?
    En tout cas, merci mille&1 fois pour ce merveilleux site

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    • Azzedine dit :

      Bonjour Si Lotfi et merci pour ces remarques que je trouve sympathiques. j’ai bien apprécié votre attachement à la terre de votre grand père bien vous ne la connaissiez pas s’après vos propos .les constantinois appellent les jijelis « Qbaylis ». ceci , en effet , n’est que la moitie du véritable nom qui nous désigne en l’occurrence « Laqbayl El Hadra » qui habitent un territoire ou beaucoup de noms de lieux sont d’origine berbère , mais dont la langue est un melange d’arabe et de berbère qui ce rapproche plus du chaoui que du kabyle parlé par les « Qbayl Ennighes » , comme on dit chez nous .

      Afalaz , que notre ami Malek a choisi pour ce site , désigne les branches coupées et asséchées de l’olivier .les gens des montagnes les utilisent dans la clôture des lopins de terre ainsi que pour le chauffage et la cuisson , car même la fumée produite par la combustion est presque inodore.

      Quant à « Ayerni » qui semble vous intéresser. Sachez qu’il s’agit d’un plat traditionnel connue dans la wilaya de jijel et la région ouest de skikda . la tubercule, une sorte de pomme de terre sauvage est cueillie et sélectionnée par des connaisseurs qui savent distinguer l’espèce toxique de celle comestible .

      Apres leur cuillette , ces pommes de terre sauvages sont Lavées , bouillies dans une marmite en terre cuite de préférence puis , rapées et malxées à la main ou dans moulinette . la purée est mélangée à l’huile d’olive . il y en a qui lui rajoutent un peu de semouline .

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  5. Lotfi dit :

    est-ce que quelqu’un peut me donner la recette d’Ayerni s’il vous plaît?

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  6. djamel dit :

    bon jour monsieur moi z .d de siwana a mon avis et comme pense ici à alger ayerni c’est un médicament pour remédier le rhumatisme bien je ne suis pas un médecin mais des gens sont le élaboré avec success
    by.

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  7. amelia dit :

    j’adore. Jijel est la ville natale de mes parents et de toute ma famille. Je suis née à Alger mais je viens à Jijel chaque weekend presque sinon durant les fetes religieuses et le congés. Maintenant je vis en arabie mais je reste attachée à ma ville ma montagne . Je viens chaque été mais je ne sors pas de ma montagne. C’est le paradis sur terre. Merci à vous pour cesite vraiment nickel.

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